Hydraulique, hydroélectricité et publications techniques Eau-Energie

Eau-Energie

Bureau d'études hydraulique — Pau, Pyrénées-Atlantiques

Cahiers techniques Eau-Energie — n° 4 — Juin 2026

Avis sur la proposition de loi n° 2334 rectifié du 13 janvier 2026

Relance des investissements hydroélectriques, concessions, droit domanial et autorisation environnementale

Accès libre Cahier technique Code de l'énergie CG3P

↓ Télécharger le PDF Publication LinkedIn Retour aux publications Cahier précédent

Résumé

Cette note examine la proposition de loi n° 2334 rectifié du 13 janvier 2026 relative à la relance des investissements hydroélectriques. Elle ne conteste pas l'objectif politique poursuivi : sortir du blocage des concessions, sécuriser les exploitants en place et relancer les investissements. Elle rappelle toutefois, avant toute analyse du basculement proposé, le socle domanial applicable aux cours d'eau domaniaux et aux ouvrages rattachés au domaine public.

La note soutient que l'architecture dominée par l'autorisation environnementale expose inutilement le texte à une forte complexité juridique, opérationnelle et contentieuse. La proposition défendue est plus sobre : conserver le centre de gravité de la réforme dans le Code de l'énergie, relever le seuil de l'article L.511-5 et organiser la continuité des titres par le régime d'autorisation énergétique existant.

Point central

Titre énergétique → exploitation de la force hydraulique
Titre domanial → occupation ou usage d'une dépendance publique
Autorisation environnementale → incidences sur l'eau et les milieux

Ces trois plans peuvent se combiner, mais ils ne doivent pas être confondus. C'est le cœur de la critique développée dans ce cahier technique.

Socle domanial

Le Code général de la propriété des personnes publiques distingue le domaine public fluvial naturel et le domaine public fluvial artificiel. Les cours d'eau et lacs appartenant au domaine public sont les cours d'eau et lacs domaniaux. Les ouvrages hydroélectriques adossés à un cours d'eau domanial ne peuvent donc pas être analysés comme de simples supports techniques détachés de leur assiette domaniale : ils s'inscrivent dans une chaîne de propriété, d'affectation et d'usage public.

La réforme doit distinguer clairement le propriétaire public du domaine, le titulaire d'un droit réel ou d'un titre d'occupation, l'exploitant énergétique autorisé et le bénéficiaire des prescriptions environnementales.

Lecture du projet de loi

Article 1er : résiliation des contrats de concession d'énergie hydraulique dont la puissance maximale brute est supérieure à 4 500 kW.
Article 2 : attribution aux anciens concessionnaires d'un droit réel de soixante-dix ans, avec maintien des terrains d'assiette dans la propriété de l'État.
Article 7 : création d'un nouveau régime au futur article L.541-1 du Code de l'énergie, mais raccordé à l'autorisation environnementale.
Article 16 : période transitoire pendant laquelle les installations sont réputées autorisées au titre du Code de l'environnement, cette autorisation tenant lieu d'autorisation au titre du Code de l'énergie.

Analyse proposée

La proposition de loi crée formellement une autorisation énergétique nouvelle, mais elle la fait instruire et délivrer dans le cadre de l'autorisation environnementale. Le problème n'est donc pas l'absence de Code de l'énergie ; le problème est la subordination procédurale du titre énergétique à l'autorisation environnementale.

Le texte prétend débloquer l'investissement hydroélectrique, mais il crée une procédure longue, lourde et discutable. Il place les exploitants dans une position hybride de titulaires de droit réel, d'occupants domaniaux, d'exploitants énergétiques et de pétitionnaires environnementaux d'ouvrages dont ils ne sont pas nécessairement propriétaires.

Solution alternative

Proposition de simplification : relever le seuil de l'article L.511-5 du Code de l'énergie, organiser la transition des installations intermédiaires vers le régime d'autorisation énergétique, et rappeler que cette conversion est sans préjudice des prescriptions environnementales applicables lorsque le Code de l'environnement est effectivement mobilisé.

Cette solution maintient la distinction entre le droit d'utiliser la force hydraulique, qui relève du Code de l'énergie, et les obligations environnementales, qui relèvent du Code de l'environnement lorsqu'elles sont légalement mobilisées.

Référence conseillée

Denis Bouzon, « Avis sur la proposition de loi n° 2334 rectifié du 13 janvier 2026 visant à relancer les investissements dans le secteur de l'hydroélectricité pour contribuer à la transition énergétique », Cahiers techniques Eau-Energie, n° 4, 2026, Cabinet Eau-Energie. Licence CC BY 4.0.

Position éditoriale

Ce cahier est publié en accès libre dans une série technique continue en ligne. Il vise à fournir un support d'analyse exploitable pour les exploitants, maîtres d'ouvrage, bureaux d'études, avocats, parlementaires et services instructeurs. Il ne se substitue pas à l'analyse juridique propre à chaque dossier.

Cette note pourra être mise à jour selon l'évolution du débat parlementaire et réglementaire.